La saint Valentin : bilan amoureux

Les oiseaux qui roucoulent, les cœurs en chocolat, les roses rouges, les dîners aux chandelles... ringarde et commerciale la Saint-Valentin ? Certes, il n'y a pas à attendre pas le 14 février pour se donner des preuves d'amour et certains s'accordent, ensemble, à boycotter cette fête. Mais qu'en est-il des couples en crise et des célibataires ?

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

Le piège de la saint Valentin

 

Occasion d'un échange de mots doux et de présents pour certains, casse-tête amoureux pour d'autres, ou encore session de rattrapage pour effacer les tensions accumulées (d'un bouquet de fleurs ou d'un bijou, selon ses fautes ou sa culpabilité) : il s'agit pour le prince et la princesse charmant(e) consentant(e) ou forcé(e) de se montrer à la hauteur de Cupidon et de répondre aux attentes de sa moitié.

 

Opportunité de déclarer ses sentiments pour les couples débutants, journée épineuse pour les partenaires qui ne sont plus en phase, piqûre de rappel pour les célibataires, la Saint-Valentin peut être synonyme de conflits intérieurs et de stress. Renvoyant les couples qui battent de l'aile à un constat d'échec, et les solos (qui auraient envie de ne plus l'être) à leur célibat, la fête des amoureux tombe mal.

 

Martelée par les médias et les publicités, la Saint-Valentin rappelle leur solitude à ceux dont l'âme sœur est aux abonnés absents. Confronté au bonheur des duos heureux, le clan des solos (séparés ou divorcés, veufs ou célibataires) attend parfois que ça se passe. Et on peut se sentir partagé entre jalousie, amertume ou dérision sur l'amour.

 

Hors du couple point de salut ?

 

Quoiqu'on en dise, le modèle (rassurant) du couple demeure une norme sociale extrêmement ancrée, l'horizon quasi obligé de toute existence. Encore souvent stigmatisé et source d'interrogations, le célibataire devrait se justifier de ses exigences et de ses mœurs, de ses difficultés à trouver ou garder quelqu'un. L'indépendance véhiculée par l'image d'un célibat bien vécu, montrant que l'on peut aussi s'épanouir seul(e), peut être jugé comme menaçant pour les couples. Parce qu'ils sortent du lot en s'autorisant une liberté qui fait des envieux, parce qu'ils décident que le meilleur est à venir, les célibataires ont tendance à déranger.

 

Par le passé, perçu comme allant à contre-courant de la notion de descendance, d'arguments démographiques ou religieux, le célibat était mal vu et associé à un échec ou à un refus. Aujourd'hui encore, les célibataires sont parfois considérés comme ceux dont on ne veut pas (ou plus). Si à 25 ans, les Catherinettes désespéraient de trouver un mari, le terme chinois « sheng nu » se traduit par « un reste de femme » et désignent des centaines de milliers de femmes sans homme. Les mentalités évoluent mais les préjugés demeurent bien établis.

 

Condescendance ou suspicion, pitié ou moquerie envers l'esseulé(e) restent de mise : célibat signifierait vie ratée. Lors de réunions de familles ou de retrouvailles avec d'anciennes connaissances, certains se font discrets de crainte d'être montré du doigt. Le célibataire serait porteur d'une tare pour n'avoir pas trouvé chaussure à son pied.

 

Faut-il se sentir décalé ou de trop, au restaurant ou en vacances, lorsqu'on est entouré de couples et de familles ? Doit-on forcer le destin pour faire comme tout le monde ? Le couple serait-il le seul modèle valable ? N'est-il pas (au même titre que le célibat) souvent subi ? Certains ne vivent-ils pas à deux, mais chacun de leur côté, sans communiquer ni chercher à se comprendre ? Au mieux, le 14 février est alors une date conventionnelle que l'on zappe d'un commun accord. Au pire, la Saint-Valentin crée une pression qui oblige à un geste d'amour dénué de sens.

 

Le « célibattant »

 

En constante augmentation (30 % de la population mondiale), les célibataires ne sont plus une population marginale. Leur image a changé ces dernières décennies : pas moins attirants, ni moins aimables ou moins intelligents que les "casés", autonomes financièrement, beaucoup n'éprouvent aucun malaise ou scrupule à vivre hors du couple. Si nombre d'entre eux ont connu la vie à deux, l'échec devient alors celui des deux partenaires, et non plus une mise en cause personnelle.

 

L'identité passant aujourd'hui davantage par la position sociale que par le statut familial, on peut mener sa vie en solo par choix, ou après une séparation, et s'en réjouir. Mieux vaut-il être seul que mal accompagné, ou partager sa vie avec une personne qui ne nous plaît pas tant que ça ?

 

Véritable phénomène de société, qu'il soit voulu ou non, le célibat a ses avantages :

         pas de compte à rendre

         du temps pour soi

         pas besoin de faire la guerre aux poils

         plus de souplesse pour trouver un travail ou en changer

         plus de loisirs, de voyage, etc.

 

Le célibat désiré devient synonyme de liberté et de vie sociale épanouie. Positive, la notion de célibat est alors emprunte de dynamisme, d'investissement dans la carrière ou la vie associative. Rien à voir avec la représentation du célibataire isolé et déprimé qui se laisse aller. Le fait d'accepter de ne pas avoir (de manière plus ou moins temporaire) d'amoureux ou de partenaire de vie, donne une autre dimension au célibat, celle d'un accomplissement de soi indépendant d'autrui. Entre tranquillité et moments de partage, le solo trouve son équilibre. Pour les « célibattants », le bien-être affiché n'est pas une façade pour se consoler d'être parfois seul devant son ordinateur ou sa télé. Les éventuels coups de blues étant assumés (qui n'a pas besoin d'amour et d'attentions ?), le célibat n'est alors un problème qu'aux yeux des autres.

 

Nombre de couples ne revendiquent-ils d'ailleurs pas cette liberté individuelle associée au célibat ? Chacun a sa voiture, ses amis, ses loisirs... certains ont même des domiciles distincts et ne s'en aiment apparemment pas moins fort.

 

Un jour mon prince viendra... ou pas

 

Il ne s'agit ni de vanter une totale liberté individuelle, opposée à une supposée aliénation inhérente à la vie à deux, ni de célébrer le célibat. Aucun mode de vie n'est préférable à l'autre, ni une garantie de bonheur, mais tous les choix sont possibles. La femme, comme l'homme, peut vouloir refuser le modèle du couple ou de la famille. Le célibat choisi ne fait pas de soi un égocentrique instable ou inapte à rejoindre l'autre, de même que la vie de couple ne fait pas nécessairement des deux partenaires des êtres attentifs l'un à l'autre. 

 

Parce que la probabilité des rencontres et des ruptures sentimentales n'a plus d'âge, il peut y avoir plusieurs vies de couples dans une vie, et aussi des temps en solo. Ayant connu une union et n'ayant pas envie de remettre ça dans l'immédiat, beaucoup cherchent à profiter d'une latitude retrouvée (durant une période souvent souhaitée comme transitoire). Ne pas vouloir aspirer à la vie à deux à n'importe quel prix met un sérieux frein à l'impératif social de se ranger. Il n'y a aucune urgence à vouloir se caser si, vivant seul, on est heureux. La conception réductrice et négative du célibat s'effrite avec le temps. La vie de couple n'est pas la seule voie possible pour s'épanouir : les célibataires vont au resto, au ciné, au théâtre, appartiennent à un groupe social et amical, s'intéressent à l'actualité et aux autres. Entre expériences enrichissantes et partage d'émotions, les célibataires apprécient leur existence. Leurs activités ne sont pas forcément prétextes à des rencontres amoureuses mais correspondent à l'envie de se faire plaisir. Pour celui dont le bonheur ne dépend pas d'autrui, le quotidien peut se vivre avec légèreté.

 

Vivre seul ne signifie pas être seul : certains célibataires ont une vie sociale très riche tandis que d'autres ressentent de la solitude au sein de leur couple. Aux commandes de sa vie, le célibataire ne refuse pas pour autant l'opportunité d'une rencontre amoureuse de qualité. La curiosité, la volonté de prendre soin de soi, l'absence d'une routine ou d'un repli sur soi permet d'être réceptif au monde extérieur.

 

Lorsque célibat rime avec douleur

 

Si certains choisissent le célibat, d'autres font tout en pour sortir. Vécu comme un fardeau ou une défaite, le célibat est source de doutes (sur sa valeur) et d'angoisses (à l'idée de finir seul), voire de honte.

 

Espérer un amour de conte de fées, être en quête du partenaire idéal, c'est prendre le risque de devoir sur le tard, tels "La fille et le héron" de La Fontaine, se contenter d'un malotru ou d'un limaçon. Le degré d'exigence de certains célibataires est d'autant plus élevé que les occasions de rencontres sont multiples. Avec la possibilité de faire son marché amoureux sur internet, du fait de la valorisation des unions d'amour (plutôt que de raison), beaucoup semblent hésiter lorsqu'il s'agit de s'engager. Sans renier ses ressentis, loin du conseil souvent donné aux célibataires d'être « moins difficiles », il est plutôt question de ne pas fantasmer au mouton à cinq pattes. Loin de l'idée qu'il faut être moins regardant et de faire avec ce qui nous tombe sous la main, s'adapter à la réalité d'un autre alliant défauts et qualités (comme nous) permet d'être en accord avec soi.

 

Souhaiter rencontrer celui ou celle avec qui on sera bien n'implique pas une attente désespérée de l'âme sœur, supposée combler tous nos manques. Conditionnée par la notion de besoin, la relation à l'autre fait des ravages. Si certains résistent à la pression sociale de se mettre en ménage, d'autres se conforment à ce qu'on attend d'eux, de peur de louper le coche. Pour les femmes (pénalisées par leur horloge biologique), plus que chez les hommes, est présente l'idée qu'il y a un enfant à faire.

 

Quelques uns s'estiment parfois inaptes (faute de prédispositions ?) à recevoir l'autre dans leur vie et s'interrogent sur leur célibat :

     est-il un refus des contraintes ou de faire des concessions ?

      me permet-il de garder intact le fantasme du couple idéal ?

      est-il dû au fait de ne pas avoir trouvé la bonne personne ou à une peur de la vie à deux ?

       est-il douloureux parce que je subis le jugement d'autrui ? ou me convient-il parce que ma vie me va ainsi ?

 

L'amour, c'est aussi de grands moments et de petits riens

  • Avoir envie d'être avec l'autre
  • Aimer son homme, même malade et à l'agoniiiiiie
  • Aimer sa chérie, même démaquillée ou boudeuse
  • Retrouver son odeur dans un vêtement qu'il (elle) a porté
  • Rigoler ou faire la vaisselle ensemble
  • S'envoyer des « je t'aime » par sms, etc.

L'amour est déclinable en une infinité de nuances : passion, fusion, dépendance, idéalisation, tendresse… D'abord le cœur s'emballe et bouscule nos repères, l'exaltation côtoie la peur et le désir est insatiable. L'autre incarne l'homme ou la femme rêvé(e) puis apparaît tel qu'il est : soit on accepte de voir évoluer l'état passionnel des débuts en une relation solide et mature (loin d'un partenaire fantasmé), soit la déception est telle que la rupture est inéluctable.

 

S'aimer sur du long terme c'est connaître ensemble la joie, la complicité, le soutien mais aussi les embûches et les vicissitudes du quotidien. L'amour pérenne nécessite le respect de soi (ne pas s'oublier pour l'autre) comme de son conjoint. On existe en dehors de la relation, avec ses propres envies et projets, pour mieux se retrouver dans le couple, nourri d'expériences et de rêves communs. Le danger serait que la lassitude s'installe, que les émotions tiédissent et s'essoufflent au point de ne plus ressentir l'envie de séduire l'autre et de vouloir trouver ailleurs des sensations fortes.

 

Après les années de vie commune et les habitudes prises, un mur d'incompréhension se dresse parfois au fil des frustrations et des désaccords. Les partenaires arrivent alors en thérapie de couple avec des revendications, des attentes, des reproches, tout autant légitimes que leur désir de surmonter leurs difficultés et sauver leur couple. La thérapie est indiquée lorsque les conjoints, souhaitant se sortir d'une impasse ou d'un système de ressentiment et d'accusations réciproques, s'inscrivent dans une volonté de rétablir leurs liens affectifs, sexuels et de communication. Le but du praticien n'est pas de déterminer qui a tort ou raison, mais de favoriser le dialogue, de donner les moyens à chacun d'exprimer ses insatisfactions par rapport à la relation, et non par rapport à l'autre. Ce changement de perspective permet de passer du règlement de comptes à un processus constructif de collaboration conjointe, et de trouver ensemble les solutions qui permettront au couple d'aller mieux.

 

Toute relation amoureuse qui dure se transforme (de Saint-Valentin en Saint-Valentin), et c'est là le gage de son existence.

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

Aller plus loin :

Quand l'amour fait mal

La dépendance affective