Les blessures psychologiques de l'enfance : leur incidence sur notre vie

Des mots, des regards ou des silences qui marquent, l'absence d'un proche, une place que l'on ne trouve pas... L'enfance est le territoire de nos premières expériences et émotions, heureuses et douloureuses. Nos parents, des membres de la famille ou d'autres figures significatives (professeurs, entraîneurs…) ont pu nous abîmer, sans le vouloir.

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

Selon la personnalité de chaque enfant, les mêmes épisodes sont ressentis avec une charge émotionnelle variable, et s'inscrivent avec des empreintes plus ou moins profondes. Déterminant à différents degrés notre vision de nous-mêmes et des autres, ces blessures originelles induisent notre manière de penser et d'aborder la vie, orientent nos choix.

Ne sachant pas comment exister autrement, s'empêchant d'être totalement soi-même, nous suivons des schémas relationnels et affectifs reposant sur un système de (fausses) croyances intériorisées durant l'enfance. Les événements sont alors interprétés à travers les filtres des fêlures avec lesquelles nous avons grandi. Masques et stratégies d'évitement se mettent en place pour éviter de revivre les blessures d'abandon, de rejet, de trahison, d'humiliation ou d'injustice.

Voici 5 portraits, comme autant d'ébauches d'une infinité de profils et de vécus possibles : non représentatifs de cases dans lesquelles il faudrait entrer, ils ouvrent une réflexion sur les racines de nos mécanismes de répétition et de défense, qui se recoupent souvent d'une blessure à l'autre.

1. La blessure du rejet et le besoin d'appartenance

Cyril ne s'est pas senti désiré par ses parents, il est un retour de couches non voulu. Quitte à choisir, ses parents auraient préféré avoir une fille. À l'école, divers épisodes de rejet ont également laissé des traces.

Enfant, Cyril a développé la croyance qu'il n'a pas le droit de vivre et, adulte, ne s'autorise pas à profiter pleinement de son existence. Il fuit sa propre vie en se construisant un monde imaginaire et en contournant ses émotions dans des addictions (travail, sport, jeux, alcool, sexe). Il s'estime inférieur aux autres, inutile et inintéressant, il pense qu'on l'écoute par politesse. Solitaire, il refuse les marques d'attentions. Cyril s'arrange pour que les circonstances confortent son sentiment de rejet : il se fait discret et s'efface pour que les autres ne le voient plus. Il se convainc qu'on ne peut pas l'aimer et saborde ses relations dès lors qu'une personne s'attache à lui.

2. La blessure d'abandon et le besoin d'amour

Charline a manqué de l'amour et du soutien nécessaires au développement de sa sécurité psycho-affective : son père est parti peu après sa naissance, sa mère la laissait souvent seule à la maison pour aller travailler.

Convaincue de ne pouvoir arriver à rien toute seule, Charline a besoin des autres pour exister. Sa vie affective conditionne son moral, la solitude la plonge dans une profonde détresse. Elle cherche tout le temps à aider les autres, à obtenir leur approbation et leur reconnaissance. À l'affût des humeurs de ses partenaires, elle n'écoute pas ses propres besoins. Elle attire des hommes susceptibles de la quitter, ou bien elle désamorce sa peur de l'abandon en provoquant la rupture de façon précoce. Dépendante affective, elle supporte mal l'absence de l'autre. Coutumière du yo-yo émotionnel, partagée entre les rôles de victime et de sauveur, elle connaît des états dépressifs.

3. L'injustice et le besoin de reconnaissance

Ayant grandi en considérant qu'on ne l'a pas laissé être lui-même, avec des parents autoritaires et exigeants (« sois sage », « ramène de bonnes notes »...), Térence s'est senti privé de spontanéité : il n'a pas pu s'affirmer et s'exprimer.

Adulte plutôt rigide, Térence estime qu'on l'apprécie plus pour ce qu'il fait que pour ce qu'il est. Il a besoin d'être constamment dans l'action. Il redoute de commettre des erreurs et de vivre la critique ou la colère, il s'applique à être parfait pour être accepté. La peur du jugement d'autrui, du rapport de force, peut générer un sentiment d'impuissance et une difficulté à prendre des décisions. Attaché aux détails, perfectionniste, il exige de la clarté et de la rigueur de la part des autres. Térence paraît froid, il cache ses émotions et sa sensibilité, il a des difficultés à demander de l'aide. Les notions de « bien » et de « mal » sont au cœur de ses valeurs.

4. L'humiliation et le besoin de respect

Enfant, ayant tardivement fait pipi au lit, Mélanie a été humiliée et comparée à sa sœur cadette, déjà propre. Considérée comme peu intelligente, elle a vécu sous contrôle parental. Elle a ressenti qu'elle faisait honte à sa mère.

Adulte, Mélanie cherche à tout prix à plaire à sa mère, à se conformer à ses attentes, jusqu'à se retrouver dans des situations pénibles. Divorcée avec un enfant, dépendant de sa mère pour les sorties d'école, elle reste sous l'emprise de remarques désobligeantes sur ses choix de vie. « Tu es irresponsable », s'entend-elle répéter. Mélanie se crée, sans le vouloir sciemment, des contraintes pour s'empêcher d'être libre. Mélanie a tendance à rire d'elle-même, pour devancer la désapprobation ou les railleries. Elle se pense sans valeur, indigne, et cherche (par masochisme inconscient) à se faire honte ou mal, avant que les autres ne le fassent.

5.  La blessure de trahison et le besoin de confiance

Enfant, Xavier s'est senti trahi suite au départ de son père pour une autre femme. Il a souvent été confronté à des promesses non respectées : son père ayant fondé une nouvelle famille, la mise en place des gardes alternées ne s'est jamais faite.

Persuadé de ne pouvoir faire confiance à personne, Xavier connaît des relations affectives et professionnelles où il a besoin de contrôler l'autre pour se prémunir d'une trahison. D'apparence solide et doté d'un fort caractère, exigeant avec lui-même, convaincu d'avoir raison, il manque de patience avec les autres et se révèle rancunier. Refoulant sa colère et ses frustrations, il ne se donne pas le droit à l'erreur et refuse de se confier ou de montrer ses faiblesses, de peur que cela soit utilisé contre lui. Xavier est pris d'angoisse si les événements ne se déroulent pas comme il l'a envisagé. Sujet à l'envie et à la tristesse, il doute de son droit à l'existence et à l'amour, et fuit l'engagement en multipliant les relations instables.

Se libérer de l'emprise de ses blessures d'enfance

Le travail en thérapie repose sur l'identification de ses blessures et sur la (re)connaissance des manques associés. Accepter ses faiblesses et ses zones d'ombre, pour les affronter plutôt que de les camoufler, aide à ne plus les laisser conditionner sa vie. Quitter, en toute conscience, la sur-adaptation pour entrer dans une satisfaction de ses besoins psychologiques permet d'avoir une autonomie affective, d'agir en conséquence et de faire des choix qui nous correspondent.

La guérison des blessures de l'enfant que vous étiez, la restauration d'une estime de soi endommagée, comme la compréhension de ses priorités, autorisent à se relier à ses propres émotions et apportent une paix intérieure et une compassion envers soi : peur d'être rejeté dans son être, colère, honte, frustration et rancune s'éloignent.

 

* Wilhelm Reich (psychanalyste autrichien) est à l'origine du concept des 5 blessures de l'âme. Ses travaux ont été repris par ses disciples John Pierrakos (psychiatre américain) et Alexander Lowen (psychothérapeute américain), puis notamment par Lise Bourbeau.
 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

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