Dans ma peau d’enfant précoce : mes tempêtes émotionnelles

On me dit haut potentiel, je ne sais pas ce que je vaux. Et si je n’étais qu’un vaurien... Trop souvent, je doute de ma valeur, d’être digne d’intérêt et d’amour.

J’ai peur que mes parents ne m’aiment plus, de les décevoir, de les perdre. Pas un jour ne passe sans que mes questions sur la mort ne me submergent. Je cherche sans cesse un sens à la vie. Je pleure pour un rien, chaque jour ou presque.

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

On me dit sans filtre, malpoli ou méchant. Je dis ce que je pense, ce que je crois. J’aime ou je n’aime pas. Je ne cherche ni à plaire ni à agacer. Je ne comprends pas toujours les blagues ou les allusions. Pour moi, les mots ont une signification et je n’admet pas qu’on dise n’importe quoi. Je sais que rien n’est parfait ni éternel, que le temps comme l’espace sont infinis, et ça me donne le vertige.

On me dit insensible. Je n’ai que faire des émotions des autres lorsque je suis totalement débordé par les miennes que je ne sais pas gérer, dans lesquelles je me noie. Mon cœur est un volcan.

On me dit dans l’opposition, provocateur et bavard. Je relève chaque mot qui me questionne, je contredis chaque idée à laquelle je n’adhère pas, je refuse chaque consigne ou ordre que je ne comprends pas ou qui me semble injuste. Je ne peux pas m’empêcher de parler, encore et encore. Je parle pour que l’on me réponde, je parle pour remplir le silence qui me fait peur, je parle pour ne pas entendre les rafales de pensées dans mon cerveau.

On me dit querelleur ou peu sociable, j’aime autant mes copains qu’ils m’énervent. Je ne leur pardonne pas leurs erreurs, leurs trahisons, comme je ne me pardonne rien. J’ai besoin de jouer et de faire partie d’un groupe, mais je ne sais pas toujours comment m’y sentir légitime. Parfois aussi je préfère être seul, d’un coup. Je ne comprends pas toujours le fonctionnement des relations avec les autres.

On me dit arrogant, souvent je me déteste et voudrais disparaître sous terre. Il m’arrive de me mordre la main, de me jeter par terre, de pleurer à ne plus pouvoir m’arrêter, de penser que je n’aurais jamais du exister, qu’il faudrait me tuer.

On me dit intelligent mais je ne suis pas le meilleur de ma classe. À l’école, je me concentre seulement si ça m’intéresse, sinon je rêve ou m’agite, et m’ennuie. Je n’ai pas envie d’apprendre, j’ai soif de savoir.

Je voudrais débrancher mon cerveau. Je voudrais réussir à me déconnecter, ne plus me perdre dans le labyrinthe à l’intérieur de ma tête. Je voudrais arrêter de réfléchir et ne plus être emporté dans un tourbillon de points d’interrogations. Je me sens un enfant particulier, différent, à part, seul.

Lorsque j’explose, entre colère et larmes, inquiétudes et frustrations, maman m’attrape et me replie les bras sur le ventre, puis maintient mon dos contre sa poitrine en me murmurant « je t'aime et je t'accepte tel que tu es ». Elle appelle ça une camisole d’amour. D'autres fois, elle me conduit devant le miroir où nos yeux se croisent et elle me dit « tu es un être formidable ».

Mes parents me disent qu’avec le temps je vais apprendre à accueillir mes émotions, à comprendre ce monde qui m’entoure et à y trouver ma place. Mes parents me disent que je saurais faire une force de ma sensibilité et de mes particularités. Parce que c’est mon identité, ce que je suis, et que je ne dois pas lutter contre moi-même. Mes parents me disent qu’il y a en d’autres comme moi, semblables et pourtant uniques. Mes parents me disent que je saurais trouver les miens, mon mode de fonctionnement, pour savoir de mieux en mieux qui je suis. Mes parents me disent que je ne suis pas un vilain petit canard mais un merveilleux cygne.

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

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