Pour ou contre le père Noël ?

Pour des raisons morales ou religieuses, certains parents décident de ne pas jouer le jeu du père Noël mais de jouer la carte de la transparence. D'autres ne jurent que par la magie de Noël, heureux de perpétuer ce mythe, avides des étoiles dans les yeux de leurs petits.

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

Le père Noël : tradition ou mensonge universel ?

« Maman, comment fait le père Noël pour savoir où j'habite et si j'ai été sage ? »

À l'approche des fêtes, certains parents ne manquent pas de réponses plus ou moins loufoques pour répondre aux questions sur le père Noël. Ce sont eux qui font en sorte que le père Noël existe dans l'esprit de leurs enfants et qui, pour crédibiliser cette fable, mettent en place des stratagèmes : verre de lait ou assiette de biscuits, lettre ou coup de fil au père Noël.

Avec la volonté de ne pas mentir à leur enfant, certains parents dénoncent une trahison sophistiquée et constante, un abus de naïveté. Ils refusent d'entretenir la légende du père Noël et d'initier leur progéniture à une réalité qui n'existe pas. Ils dénoncent l'hypocrisie d'un double discours qui consiste à apprendre à l'enfant à être honnête, tout en s'autorisant à le mystifier.

Pour quelques uns, « faire croire au père Noël » c'est servir une imposture mercantile où de faux pères noël envahissent les centres commerciaux dans le but de faire augmenter les ventes. Avec sa liste au père Noël, devenant consommateur, l'enfant passe commande sans être sensibilisé à la valeur des choses, ni mesurer l'éventuel effort financier parental. Attribuant ses cadeaux au bienfaiteur et à ses lutins, il ignore que ses parents se sont appliqués à lui faire plaisir, et le merci comme la reconnaissance tombent aux oubliettes.

Pour les parents aux revenus modestes, comment expliquer à l'enfant (pourtant sage) qu'il ne peut avoir tout ce qu'il désire pour le 25 décembre. Heurtés par l'injustice sociale, certains mettent leurs enfants au parfum avant qu'ils fassent eux-même l'expérience de la vie réelle, préférant qu'ils gardent les pieds sur terre pour leur éviter des désillusions.

Le père Noël, une jolie fiction ou une supercherie ?

Pour les partisans du petit papa Noël, il s'agit d'un doux mensonge, voire altruiste (à la différence d'un lourd secret de famille), l'histoire est mignonne et pleine de féerie. En maintenant le flou entre la réalité et le merveilleux, ces parents ont le sentiment de nourrir l'imaginaire des enfants, qui aiment à vivre dans un monde peuplé de princesses, de dragons et d'animaux qui parlent. Les enfants n'auraient-ils pas la capacité d'inventer leurs propres histoires, sans avoir à puiser dans l'imaginaire des adultes (qu'il s'agisse du père Noël ou de la petite souris) ? De nombreux parents ne voient aucune raison de priver leurs enfants de père Noël, et n'estime pas davantage abuser de leur crédulité en leur lisant des contes, ou en leur montrant des dessins animés. L'enfant n'a-t-il pas le temps de grandir, d'apprendre la vérité, et que les choses ont un prix ? Prolonger la magie de la petite enfance empêchera-t-il de comprendre que tous les souhaits ne peuvent être exaucés ?

En transmettant la croyance du père Noël à grand renfort de détails, les adultes imposent aux enfants un imaginaire où des rênes conduisent un traîneau volant. Cette histoire de distribution mondiale de jouets en un temps record est forcément vraie puisqu'elle est racontée par ses parents, en qui l'enfant porte une confiance absolue. S'ils s'amusent de leur innocence, les maintenant dans cette illusion volontaire, les parents se retrouvent bientôt confrontés à la stupeur et l'incrédulité.

Jad, 6 ans, informé par une camarade de classe que ce sont les parents qui déposent les cadeaux au pied du sapin, demande confirmation à sa mère. Entre inquiétude et colère, il insiste pour savoir la vérité. En larmes, il accuse les adultes d'être des mythos, et de prendre les enfants pour des idiots. 

Si certains adultes choisissent de ne pas perpétuer la tradition du « mensonge de Noël », qui les renvoie à leur ressenti d'enfant et à ce qu'ils ont vécu comme une tromperie parentale, d'autres s'interrogent sur le chantage au père Noël. Communément accepté, pour obtenir du respect ou du calme, il accorde au barbu ventripotent la liberté de juger si les petits méritent des cadeaux. « Si tu n'es pas sage, le père Noël ne passera pas. Attention, il voit tout ce que tu fais. » Au final, malgré les menaces, même les enfants désobéissants auront des jouets. Dans le nord et l'est de la France, on s'en remet également au père Fouettard pour imposer son autorité.

Du merveilleux à la désillusion : quand leur dire la vérité ?

Selon leur maturité affective et la manière dont ils apprennent la vérité, les enfants sont tristes, fâchés ou amusés de la découverte du canular collectif qu'est le père Noël. « Comment !? mes cadeaux ne viennent pas du Pôle Nord ? » Une fois leur déception passée, il sont souvent fiers de faire partie des initiés, d'entrer dans le clan des « grands ».

Détenteur du secret « le père Noël, c'est les parents », certains sont tentés de révéler le pot aux roses aux plus jeunes. D'autres acceptent la responsabilité de jouer le jeu, à leur tour, pour faire perdurer la féerie dans les yeux du petit frère ou de la petite sœur. Avec le passage à la réalité, un sentiment rétroactif de gratitude envers les parents fait parfois surface.

« Mais pourquoi y a-t-il plusieurs père noël dans les magasins ? À l'école, j'ai entendu que ... ». Le passage à l'école élémentaire marque le début de l'âge de raison. Les rumeurs circulant dans les récréations et le contact avec les élèves plus âgés accélèrent les révélations sur le père Noël. Lorsqu'un enfant s'interroge, ne peut-on pas lui demander ce qu'il en pense ? Puis choisir (ou non) de prolonger la magie tant que l'enfant y croit. Certains parents, embarrassés face aux soupçons qu'ils redoutaient (mais qui allaient forcément arriver), peuvent hésiter entre resservir les bobards du noël passé ou expliquer que le petit papa Noël a été inventé pour faire rêver les enfants.

Lorsque l'enfant émet des doutes, n'est-il pas préférable de lui confirmer ses intuitions et ses craintes ? Continuer à le laisser dans l'ignorance pourrait entraîner les moqueries des enfants plus âgés (« le père Noël c'est pour les bébés »), amertume et ressentiment envers ses parents. Voulant accompagner leur enfant vers la vérité, certains parents expliquent qu'ayant eux aussi cru au père Noël, ils ont voulu reproduire cela avec lui. Ils peuvent ajouter qu'il continuera à recevoir des cadeaux pour Noël.

Laisser croire ou non

Découvrir que le père Noël n'existe pas aiderait-il l'enfant à grandir ? Selon certains, vécu comme un rite initiatique de la désillusion, ce mystère révélé ponctuerait l'enfance et permettrait d'apprendre qu'on ne peut pas prendre ses désirs pour des réalités.

Pour ceux qui choisissent de célébrer les fêtes de fin d'année en se passant du père Noël, cette période revêt néanmoins une magie particulière. Symbole de partage (notamment d'émotions), Noël est l'occasion d'être ensemble, l'un des grands plaisirs rituels pour consolider le lien familial : se sentir entouré de l'amour des siens, porter de beaux habits autour d'une jolie table. Que ce soit par choix ou par coutume, les différents points de vue se comprennent. Chaque parent est libre, sans culpabiliser, d'adhérer ou non au mythe du père Noël et d'entretenir une certaine ambiguïté.

Véhiculé par les adultes, le concept du père Noël ne démontrerait-il pas une certaine nostalgie de son enfance ? un besoin de maintenir les enfants dans un monde de rêve, de retarder les signes d'une innocence perdue et d'un passage du côté obscur de la force ?

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr