Mauvaise mère

Pas envie de jouer aux Playmobil à six heures du matin ? Guère motivée pour aller prendre racine au square tandis que ça braille et court de partout ? Marre d'écouter pour la millième fois les comptines de T'choupi ? Vous avez jeté en douce des dessins de votre enfant ?

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

Parce que vous avez besoin de souffler après votre journée de travail, vous réclamez du temps pour vous. Parce qu'on a inventé les surgelés, les conserves et les pâtes, vous optez pour un nombre d'heures minimum devant les fourneaux. Parce que les week-ends sont longs lorsque les journées commencent bien avant le lever du soleil, que les nuits ont été ciselées par les biberons ou les pipis au lit, par un « maman il y a un monstre dans ma chambre », vous vous surprenez à espérer le lundi pour laisser votre enfant à la crèche ou à l'école (« libéréeeeeee déliiiiiivrée »).

Malgré tous vos principes d'éducation bienveillante, il vous arrive de crier, de vous impatienter et de craquer, de regretter votre insouciance et vos virées entre copines d'antan. En dépit de vos bonnes résolutions (régulièrement renouvelées) pour accompagner votre enfant vers une autonomie épanouie, vous avez tendance à le coller devant la télé pour pouvoir passer un coup de fil ou prendre une douche peinarde. Vous estimez que vous pourriez consacrer plus  de temps, et d'énergie, pour stimuler votre progéniture ? Vous vous sentez parfois une mère indigne ?

N'en déplaise peut-être à belle-maman et aux grand-mères qui, elles, se sacrifiaient pour leurs bambins et préparaient des petits plats et confitures maison, vous n'êtes pas une mère parfaite. Vous avez beau aimer votre enfant et vouloir ce qu'il y a de mieux pour lui, vos pulsions de mère idéale sont souvent mises en sourdine par votre envie de vous épanouir en dehors du sacro-saint instinct maternel. Sauf que malgré l'évolution des mentalités, quoiqu'on en dise, la pression sociale est telle qu'il faudrait assurer avec ses enfants comme dans sa vie domestique, de couple et professionnelle, pour mériter la médaille de superwoman.

Envahie de doutes et de culpabilité, vous ragez après coup contre vous-même de ne pas avoir fait de votre enfant votre priorité, de ne pas avoir été assez disponible, sereine ou créative ?

Mots de maman : Pardon mon enfant de ne pas être une meilleure mère pour toi. Lorsque je te regarde dormir, je me reproche de ne pas avoir été à la hauteur, je voudrais te réveiller pour te serrer dans mes bras, te dire que je regrette de ne pas avoir assez joué avec toi, de m'être fâchée ou de t'avoir puni, que je ne conçois plus la vie sans toi. Je ne suis pas la maman parfaite mais je t'aime de tout mon cœur.

Vous êtes la mère que vous êtes, il n'est pas nécessaire de coller à une image d'Épinal pour rendre son enfant heureux. L'amour maternel ne se mesure pas à l'aune des heures passées devant de la pâte à modeler avec Petit(e) Chéri(e) ni à éplucher des pommes pour lui faire de la compote. Lorsque votre enfant hurle dans son sommeil, qui se lève pour un sprint nocturne ? Si bébé a de la fièvre, qui reste en alerte H24 ? Qui se transforme en maman multifonctions lorsqu'il faut consoler d'un chagrin ou organiser un anniversaire avec une dizaine de gosses montés sur ressorts ?

Vouloir incarner un certain mythe de la mère parfaite, dévouée corps et âme à combler les besoins de sa progéniture, peut conduire au burn out maternel et masquer des problématiques personnelles (qu'il serait bénéfique de régler) : un manque affectif à combler, la répétition nocive d'un schéma fusionnel, etc. La relation de codépendance de l'enfant collé à sa mère, privé d'autonomie, et de la mère ne pouvant vivre sans son enfant s'avère toxique. Accepter ses limites, la fatigue et les remises en cause, être à l'écoute de ses propres ressentis, permet d'effacer cette impression de démériter, ce sentiment d'échec et de faute, et de revisiter les enjeux de la maternité. Pour chacune à sa manière, il s'agit d'être une mère « suffisamment bonne » (D. W. Winnicott).

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

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