Il m’a fait croire que je ne valais rien

Marlène a vécu 20 ans avec un pervers narcissique. Aujourd’hui elle est libre d’être elle-même, de s’habiller comme elle le souhaite, de fréquenter qui elle veut, de dépenser son argent sans rendre de compte.

Elle a récemment retrouvé un texte écrit du temps où elle était sous emprise.

 

« Il faut que je range mon sac posé sur le meuble de l’entrée, sinon il va encore s'énerver et m'insulter.
Je n’en peux plus d’avoir peur du moindre faux pas, de ne jamais être à la hauteur de ses attentes.

 

(Pour M...)

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

Manipulation, chantage, brimades... ces mots tournent en boucle dans ma tête jusqu’à me donner le vertige, la nausée. Comment m’extraire de cet enfer ? Je m’éteins chaque jour davantage. Sa cruauté, son indifférence devant ma souffrance me tuent à petit feu. Je suis en plein naufrage.


Il me dit qu’il fait tout à la maison, que je suis une bonne à rien. Lui travaille vraiment, tandis que je me planque derrière un bureau avec mes diplômes. Il me dit que je suis nulle en cuisine, nulle au lit, nulle en tout. Il ne sait que me rabaisser. Il voudrait me faire croire qu’il ne m’a pas frappé, pas bousculé.
20 ans d’angoisse à écouter ses pseudo faits divers comme autant de menaces à peine déguisées… L’histoire de cette femme étouffée dans son sommeil car elle projetait de quitter son mari, de cette autre empoisonnée parce qu’elle allait porter plainte pour viol conjugal.

Je le hais.


Je le déteste de soulever mes lunettes du bout du doigt, de me plaquer contre le mur en avançant au plus près de moi. Sa manière d’articuler comme si j’étais débile me glace le sang. Son index pointé vers moi pour me dire « fais attention » me broie l’estomac. Je n’en peux plus de ne pas avoir le droit de manger un bout de pain devant l’ordinateur, de devoir ne jamais rien laisser traîner.
Il me dit que c’est de ma faute s’il boit, s’il se met en colère, s’il fume trop.

Je le hais.


Toute discussion se conclut par le sentiment d’être prise au piège. Il a raison et j’ai tous les torts. Alors je fais silence, pour ne plus le fâcher, pour fuir ses interminables discours qui me font me sentir folle. J'ai pensé que tout irait mieux si je changeais pour me conformer à ses exigences. J'ai redoublé d'efforts pour lui plaire, pour être comme il veut, mais ce n’est jamais suffisant, je ne suis jamais assez bien.
Je suis laide, idiote, un remède au désir et à l’amour. Personne d’autre ne voudrait de moi. Il ne me garde que par pitié. Je l’embête avec mes bobos et mes jérémiades.
Je suis tel un insecte englué dans une toile d’araignée. Engluée. Et l’insecte finit par mourir...

Je le hais.


Comment ai-je pu me laisser charmer par ce fou. J’ai été aveugle. Je n’en peux plus de pleurer.
Aujourd’hui, sa monstruosité me crève les yeux et pourtant je n’écoute pas ceux qui essaient me sortir de ses griffes, et je continue de le croire lorsqu’il me dit que je ne suis pas une bonne personne.
Détruite, je suis détruite. J’ai laissé partir mes amis, je me suis éloignée de ma famille qui m’aimait et me voulait du bien. Je refusais de voir, d’entendre. Je n’ai plus de force. J’ai tout raté. Ne suis-je vraiment qu’une moins que rien ?

 

Je le hais.

Ou est-ce moi que je hais de le laisser ne pas me respecter ?  »


Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

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