Ma vie avec un pervers narcissique : sortir d’une relation toxique

(partie 3/3)

Mes blessures et cicatrices sont invisibles. J’ai accepté l’inacceptable, supporté l’insupportable. J’ai voué mon cœur à ses perversions, l’aimer m’a consumée.
Longtemps j’avais attendu le déclic pour ne plus le laisser broyer ma vie, pour trouver la volonté de m’extirper de cette relation perverse dans laquelle il m’avait cloisonnée.

 

* suite de Ma vie avec un pervers narcissique : miroir aux alouettes (partie 1/3) et Ma vie avec un pervers narcissique : sous emprise (partie 2/3)      

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

M’avouer qu’il me manipulait et ne m’aimait pas a été douloureux. Il m’a fallu me poser les bonnes questions. Suis-je heureuse avec lui ? Est-ce que j’aime l’existence que je mène avec lui ? Suis-je aux commandes de ma vie ?  Tant que j’étais dans le déni, je ne pouvais pas dire stop, décider de prendre le large. Il m’a fallu cesser de lui trouver des excuses, de me justifier. Tant que je refusais de reconnaître que je m’étais trompée (sur lui, sur ce que nous vivions), je ne pouvais pas être actrice de ma vie et m’extraire de ses griffes. Lorsque j’ai compris à qui j’avais affaire, j’ai pu commencer à faire le deuil de l’homme dont je m’étais éprise, celui qui me faisait du bien. Je m’en suis voulue de ne pas avoir compris que cet être-là n’avait jamais existé, de l’avoir laissé profiter de moi, de m’être faite avoir, de ne pas être partie avant. 

Ses beaux discours ne rachetaient pas ses actes, pas plus que ses cadeaux ne rattrapaient le mal fait. Jamais il n’allait réparer ce qu’il avait brisé en moi... J’ai renoncé à le voir changer, pour me recentrer sur moi. Je devais survivre par amour-propre, pour aller de l’avant. Ses paroles fielleuses, ses agissements malsains, son baratin et son absence d'empathie, m’ont fait le haïr de jour en jour. Il m’a dégoûtée de lui-même. Prendre conscience de mes carences affectives m’a permis de me libérer de mon sentiment de honte et de culpabilité. Analyser mon mal-être m’a donné des clés pour en identifier les causes et me permettre d’avancer. M’avouer ma souffrance m’a permis de la dépasser. J’ai été sa victime, mais il m’a fallu assumer ma part de responsabilité (même si cela fait mal) pour commencer un travail sur moi. Je me suis demandée ce qu’il était venu chercher chez moi, et pourquoi j’avais eu besoin de rencontrer un tel homme. Il m’avait choisi, et je lui avais la donné la possibilité de me blesser, de prendre les rênes de ma vie.

Résolue à rompre ce lien d’aliénation, à m’affranchir de cette dépendance toxique, j’ai cru vite remonter la pente mais j’ai été engloutie par un tourbillon émotionnel. Me séparer de lui a été difficile et douloureux, je me sentais comme mutilée. Mais c’était la seule solution pour sauver ma peau. Je devais admettre mes erreurs et me remettre en question, pour ne plus être ballottée entre accalmies et crises qui m’anéantissaient. Ma guérison a demandé du temps, de la patience. Tous mes repères s'effondraient, je ne savais plus qui j’étais, ni ce que je voulais ou croyais. Je ne me reconnaissais plus. Je me suis sentie inanimée, inutile, seule au monde, comme une petite fille perdue. Angoisses et ruminations m’ont submergée. L’avenir m’effrayait. Je ne serais plus jamais la personne que j’étais avant de me laisser prendre dans ses filets. J’ai ressenti l’immense besoin de me reconstruire, d’être soutenue sans jugement, par une thérapie et par mes proches.

Dévastée par la violence de ses regards et de ses mots, je me suis fissurée jusqu’à finir par tomber en miettes. Avec une tête à effrayer les fantômes, je me suis fait peur. J’ai voulu donner de l’amour à quelqu'un qui ne sera jamais heureux, ne sait pas aimer et a été incapable de me respecter. Il n'a pas pris soin de moi comme il l'avait promis. Je m’étais accrochée à lui dans l’espoir qu’il veuille m’aimer, parce que je croyais ne pas mériter mieux. Il avait su repérer ma vulnérabilité pour s’emparer de mon cœur et me retourner le cerveau. Il m’a brisé toute entière. Telle une ancienne alcoolique ou droguée, je voulais réapprendre à vivre sans lui, me sevrer de son poison. Je voulais m'en sortir, puiser dans ma force de caractère d’avant lui. Je n’étais pas sur terre pour subir.

Pour me retenir et sauver la face, il a voulu jouer ses dernières cartes. Ne supportant pas d’être abandonné, il s’est montré encore plus tordu et destructeur que jamais. Je le privais de son punching-ball, de son souffre-douleur. M’anéantir au-delà de la rupture est devenu son obsession, je n’avais pas plus le droit d’être heureuse avec lui que sans lui. Ses piqûres de rappel, ses vacheries, ses tentatives de me freiner, tout était bon tant que je continuais de penser à lui (tout sauf mon indifférence). À défaut de mon amour, il réclamait ma haine. Il est revenu plusieurs fois à la charge pour finalement disparaître : démasqué, ce jeu moins pervers a fini par le lasser. Il a réécrit notre histoire, m’a fait porté l’échec de notre relation. Il était l’innocente victime, moi la traîtresse et la méchante. Retournant de nouveau la situation à son avantage, il projetait ses travers sur moi. Sans doute avait-il trouvé une nouvelle victime pour soulager sa hantise de la solitude.

Sa capacité à tourner la page m’a déstabilisée, il m’effaçait... comme si tout ce que nous avions vécu n’avait pas été réel, aussi faux que son amour pour moi. Il avait modelé et démoli notre relation selon son bon vouloir. Mon amour a été un miroir où il a cherché son reflet, pour apaiser son vide intérieur. Il s’est servi de moi pour exister, comme faire-valoir. Pour me leurrer, il avait crée un personnage sur mesure, fantasmagorique, qu’il s’était inventé. Tout ça n’était que de la poudre aux yeux, servi sur un plateau. Au début, il m’avait chérie autant que je l’adorais, puis il m’avait eu en horreur d’avoir aimé une illusion, un faux-lui. Amoureuse d’un imposteur, j’étais devenue pitoyable et indigne d’intérêt, et il me l’a fait payer.

Parce que le monde est une jungle pour lui, il lui fallait être le plus fort. D’abord séducteur et mystérieux, généreux et charismatique, il s’était rendu indispensable pour que je sois sa débitrice et que je ne puisse rien lui refuser. Exerçant sa suprématie sur moi, il m’avait fait douter de ma valeur, m’avait attaqué dans mon intégrité et maintenue dans un rapport de force continu. J’incarnais tantôt pour lui une figure affective dont il devait se faire aimer tantôt une figure castratrice à écraser pour survivre.

Amoureuse d’un personnage dont je n’avais pas voulu voir la noirceur, je m’étais oubliée. Il m’a fallu dompter ma peur et m'armer de patience, réapprendre à me protéger, m’affirmer, à dire non, à oser demander, à recevoir les compliments et les critiques, à clarifier les non-dits et les malentendus, à ne pas me sentir coupable de ne plus tout donner. Quant à LUI, je me suis faite à l’idée de ne jamais l’entendre manifester de remords ni un tant soit peu d’amour pour moi. J’ai du renoncer à vouloir lui prouver qu'il avait eu tort, que je n’étais pas folle et qu’il m’avait fait du mal.

 

Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr

 

À lire aussi : 

Ma vie avec un pervers narcissique : du conte de fée à l'enfer au quotidien (texte intégral)
Les blessures psychologiques de l'enfance : leur incidence sur notre vie

Les garçons ne pleurent pas